Tirant la leçon du scrutin en Espagne, M. Hollande dénonce les "dissimulations" de M. Raffarin
LE MONDE | 15.03.04 | 14h10

Pour le premier secrétaire du PS, les Espagnols ont sanctionné un "manquement à la vérité". Il appelle les électeurs français à faire du 21 mars "la plus grande manifestation possible".
Le vote espagnol change tout. Alors que François Hollande, premier secrétaire du PS, et Laurent Fabius, ancien premier ministre et actuel numéro deux du parti, avaient prévu de mettre l'accent, lundi 15 mars, devant la presse, sur les propositions socialistes en vue des élections régionales et cantonales des 21 et 28 mars, les événements survenus en Espagne - et la victoire du PSOE lors des élections générales organisées dimanche 14 mars - devaient modifier quelque peu leurs discours.
"Le peuple espagnol a délivré un double message, juge M. Hollande. Par leur participation au vote, ils ont donné de la force à la démocratie. Ils ont délivré un message de confiance à l'égard des socialistes, y compris dans cette phase de lutte contre le terrorisme." A huit jours d'un autre scrutin, français celui-là, la sanction infligée par les électeurs ibères à José Maria Aznar et au Parti populaire fait naître des espoirs.
Tout en se défendant de comparer des situations différentes, le PS estime que le scrutin espagnol renforce l'idée d'un vote-sanction qu'il réclame, depuis plusieurs semaines déjà, à l'égard de la droite. "En sanctionnant les manquements à la vérité, à la transparence et au respect auquel tous les peuples ont droit, les Espagnols ont donné une leçon à tous les gouvernements qui s'en écartent", estime M. Hollande. "La leçon de ce vote moral va bien au-delà des Pyrénées", précise-t-il.
Le premier secrétaire du PS, qui était présent lors de la grande manifestation organisée vendredi à Madrid, au lendemain des attentats qui ont frappé la capitale espagnole, et qui s'est dit impressionné par la colère de ses habitants, décrit "une part de sanction et une part d'aspiration" dans le vote espagnol. "La sanction, déclare-t-il, a porté non pas sur les attentats mais sur la manière dont le gouvernement Aznar a caché les faits ; elle a porté sur la dissimulation, la manipulation, le choix de s'aligner sur Bush, mais aussi sur l'injustice de la politique sociale de ce gouvernement."
"L'aspiration, poursuit M. Hollande, c'est une politique diplomatique et sociale plus indépendante." Selon lui, "les socialistes espagnols, qui avaient essuyé deux graves revers, en 1996 et 2000, à qui rien n'avait été épargné et à qui on prédisait encore la défaite il y a quelques jours, sont apparus comme affirmant les principes de vérité et de transparence. Ils ont donc été bénéficiaires d'un vote-sanction".
Pour le premier secrétaire du PS, qui voit "quelques similitudes" entre socialistes français et espagnols, "il y a aussi une critique morale vis-à-vis du gouvernement Raffarin, explique-t-il. En France, la sanction doit porter sur une autre forme de dissimulation, concernant les choix économiques et sociaux, et l'élection elle-même".
M. Hollande s'offusque en particulier de la tribune de M. Raffarin publiée lundi 15 mars dans Le Figaro, dans laquelle le chef du gouvernement souligne "l'enjeu régional" du prochain scrutin. "Il va faire campagne dans tous les meetings, il attaque les socialistes, il prépare un remaniement, il tracte avec Sarkozy, et l'élection n'aurait pas de caractère politique ? C'est une farce !", s'emporte M. Hollande.
Avec M. Fabius, le chef du PS devait rappeler, lundi matin, la "nécessité du vote", "du vote utile". L'occasion de tester cette nouvelle formule d'inspiration espagnole : "Le 21 mars, c'est le moyen d'organiser la plus grande manifestation possible."
Isabelle Mandraud
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 16.03.04

Fermer la fenêtre